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« Partir, s’évader, c’est tracer une ligne.»

Sur Le voleur de voitures, Theodore Weesner, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, septembre 2015, Tusitala

Il y a ce dialogue relativement célèbre de Claire Parnet et Gilles Deleuze, intitulé De la supériorité de la littérature anglaise-américaine dans lequel le philosophe explique : « Fuir, c’est tracer une ligne, des lignes, toute une cartographie. On ne découvre des mondes que par une longue fuite brisée. La littérature anglaise-américaine ne cesse de présenter ces ruptures, ces personnages qui créent leur ligne de fuite, qui créent par ligne de fuite. » Franchement, je ne cite pas Deleuze volontiers, je n’ai pas la prétention de le connaître assez et puis on va (encore) nous traiter d’élitiste ! Mais là, la lecture de l’un m’a immédiatement rappelé la lecture de l’autre ! Le Voleur de voitures c’est l’histoire d’Alex, 16 ans, qui se fait choper après le vol de quatorze voitures et qui se retrouve enfermé dans une maison de redressement. Des histoires de fuites, de ruptures et de créations, librement inspirées de la vie de l’auteur, Theodore Weesner qui accouche ici de son premier roman, écrit en 1972.

Qu’est-ce qui pousse Alex à piquer des voitures ? Il serait facile d’accuser le climat délétère qui règne à la maison depuis que la mère est partie, et que le père boit plus que de raison. Ça fuite pas mal du côté des parents… ça c’est ce que souhaitent entendre l’assistant social et le juge. Mais une réalité beaucoup plus complexe se dessine très lentement et ne sera jamais totalement dévoilée. La subtilité du fond contraste avec la brutalité de la forme.

On sent un jeune conducteur au volant d’une grosse cylindrée, si je puis oser ce genre de comparaison (c’est souvent ce qui fait le charme des premiers très bons romans). Le récit avance par à coups : on est trimballé d’une époque de la vie d’Alex à une autre sans crier gare, les ellipses sont nombreuses. Les flashbacks, les fondus enchaînés et les longs travelings, bref, tous les ingrédients des films américains sont également présents dans le roman. Il y a aussi ces surprenantes ruptures de rythme : on passe brutalement d’une course poursuite en voiture (une scène assez rare en littérature: le paysage défile à toute vitesse, le visage du héros est tendu, le suspens est à son comble et le lecteur retient son souffle) à de longues séquences de siestes et d’ennui dans le huis-clos étouffant d’un centre de redressement. Ça chahute le lecteur, qui en redemande !

Pour dire aussi toute la beauté de cette œuvre, il faudrait pouvoir évoquer sa fin, abrupte et violente, sans en dévoiler le contenu. Exercice trop périlleux pour le continuer plus longtemps… Ces dernières pages ne laissent aucun doute : nous venons d’assister à la naissance d’un « grantécrivain ». Ce passage sur le rangement des livres devrait suffire à vous convaincre de la beauté et l’originalité de l’écriture de Theodore Weesner : « Les livres terminés s’entassaient sur l’étagère en haut de son placard, au fond, hors de vue. Pas parce que les couvertures montraient des chemisiers déchirés qui révélaient de la peau, mais parce qu’il arrivait que les mots disparaissaient en tant que mots et alors c’était lui qui apparaissait, et sa vie jamais racontée était racontée l’espace d’un instant, et exposée, et il éprouvait le besoin de la camoufler dans son placard. »

La jeune maison d’édition Tusitala nous fait un très beau cadeau pour la rentrée avec la traduction de cet auteur né en 1935 et mort en juin de cette année. On apprécie également le soin que ces éditeurs talentueux portent depuis deux ans au graphisme, au papier choisi et à la traduction. Tant qu’on y est, on ne saurait trop vous conseiller de lire l’ensemble de leur catalogue, qui fait la part belle à la littérature étrangère, notamment aux traductions d’auteurs islandais et américains.Et s’il fallait n’en citer qu’un, nous choisissons l’auteur gonzo Oscar Zeta Acosta, dont les deux volets de son autobiographie Mémoires d’un bison et La Révolte des cafards constituent un témoignage rare et puissant sur le mouvement de lutte chicano.

(C.N.)


Une rentrée animée! Save the date : 26 septembre 2013…

Reposés après un été bien agréable, les libraires de Livre aux Trésors vous proposent deux belles animations le jeudi 26 septembre pour redémarrer l’année en musique et en lecture.

JEUDI 26 SEPTEMBRE19h
dans le cadre du festival Les Nuits de Septembre

L’amour inonde toute chose
Rencontre et musique autour de la vie et l’œuvre de Hildegard von Bingen

En m’emparant de la figure d’Hildegard von Bingen, j’entends dire haut et clair que la vie vivante est la seule. Et poser la beauté et la liberté comme les deux conditions sine qua non de son accomplissement.

La romancière Lorette Nobécourt dans l’introduction à son roman « La clôture des merveilles ».

Dans le cadre du festival Les Nuits de Septembre (qu’on ne saurait trop vous recommander tant sa programmation est impeccable), nous sommes très heureux de vous proposer une soirée entièrement consacrée à la figure de la grande mystique Hildegard von Bingen, qui fut abbesse, visionnaire, musicienne, mais également médecin et naturaliste.

Hildegard von Bingen (1098-1179) est le dixième enfant d’une famille de la noblesse de Bermesheim, en Hesse rhénane. Elle intègre dès l’enfance le couvent des bénédictines de Disibodenberg sur le Rhin, dont elle deviendra l’abbesse et où elle restera près de quatre-vingts ans. Elle fonde en outre le monastère de Rupertsberg en 1147 et une filiale de celui-ci, à Eibingen en 1165. Au terme de sa vie, elle effectue plusieurs voyages en Allemagne pour enseigner sa foi.

Nous aurons donc l’honneur de recevoir Alicia Scarcez de l’unité de recherche Musique, Cinéma et Arts de la Scène (Université de Fribourg), Marie-Elisabeth Henneau, directrice des Archives de l’Université de Liège (Ulg – FerUlg), Paula Defresne (compositrice) et pour animer la table ronde Annick Delfosse, responsable de la recherche et des enseignements en Histoire Moderne à l’Université de Liège (Ulg – Transitions).

Du Moyen-Age au XXIème siècle, qu’a encore à nous dire Hildegard Von Bingen ?

En prélude au concert qui se tiendra le samedi 5 octobre à 20h00 à la Collégiale Saint-Denis, la rencontre sera enrobée de musique, celle d’Hildergard, bien entendu, grâce à l’ensemble liégeois La Noeva, créé au printemps 2012 à l’initiative de six chanteuses désireuses d’aborder un répertoire original de musique médiévale et traditionnelle mis en résonance avec celui de compositeurs actuels.

Un verre vous sera offert à l’issue de cette rencontre qui saura, nous en sommes sûrs, titiller votre curiosité.

 

JEUDI 26 SEPTEMBRE18h
dans le cadre du festival Les Parlantes et cetera

      Frédéric Saenen
      lira les frères Goncourt et leurs amis : Zola, Sainte-Beuve,      Maupassant, Flaubert…

Quelle joie de vous convier à un cycle de lectures longtemps imaginé et enfin rendu possible, grâce au Festival Les Parlantes et cetera ! Des auteurs à (re)découvrir avec Frédéric Saenen !

La voix de Frédéric Saenen, cette voix forte, imprégnée d’un amour incandescent pour la Littérature, la langue et le style, nous accompagnera tout au long de l’année. Méconnus, oubliés, relégués, sulfureux, négligés par les manuels scolaires et les médias… ou semblant trop célèbres pour mériter qu’on les reprenne ! Ils sont nombreux, les auteurs vers lesquels on ne pense ou n’ose plus se tourner. Ce cycle de lectures vous invite à partir à la rencontre d’une myriade d’écrivains dont on lit trop rarement les œuvres, pourtant foisonnantes, surprenantes et remuantes. A partir de lectures d’extraits replacés dans leur contexte historique, Frédéric Saenen vous fera (re)découvrir des auteurs peu ou mal connus.

Commençons par les Goncourt. Ceux du prix, bien sûr, mais qui les a lus, qui les lit ? Qui sait qu’ils furent au centre d’une époque littéraire qui servit d’écrin à des auteurs de l’envergure de Zola ou Flaubert ? Et ces deux-là, d’ailleurs, les connaît-on vraiment, eux dont l’œuvre est aujourd’hui privée de toute curiosité à force d’avoir été scolairement imposée à quelques générations de lecteurs en devenir ?

On vous promet de bons moments, et c’est gratuit !

Pour les deux animations, merci de réserver vos places à cette adresse : livreauxtresors@skynet.be

ET ATTENTION ! On commence à l’heure !