No future? Le Rapport Meadows en français.

Les éditions Rue de l’échiquier nous offrent un beau cadeau en traduisant pour la première fois en français le Rapport Meadows. D’abord publié en 1972 à la demande du Club de Rome (« groupe informel et international composé d’éminents hommes d’affaires, de dirigeants et de scientifiques »), il  a ensuite été corrigé et augmenté en 1992, avant une dernière mise à jour en 2004. Les auteurs sont des chercheurs universitaires, spécialisés dans les systèmes informatiques ainsi que les enjeux environnementaux. Leur projet est, à l’aide d’un logiciel informatique (World3), d’établir les scénarios sur les futurs possibles de la planète. Ces différents scénarios se basent sur le rythme de croissance actuelle et annoncent quelles seront les conséquences si le phénomène s’accélère, se maintient ou ralentit. La critique de la croissance est forte, mais il serait hâtif de déclarer que les auteurs sont décroissants. L’esprit scientifique domine l’ouvrage, même si la fin laisse entrevoir une prise de position en faveur d’une croissance modérée. Il est d’ailleurs intéressant de reprendre l’historique et de constater que le texte a doublement évolué : d’un côté, les auteurs ont intégré de nouvelles données (en terme de démographie, d’environnement), et de l’autre, ils ont adapté le texte à un lectorat (plus large tout en répondant aux critiques formulées à l’époque). Au passage, Donella Meadows (l’une des trois auteurs à l’origine du rapport éponyme) est disparue en 2001 et n’a donc pas participé à la dernière édition. Une donnée importante si l’on considère chaque auteur dans sa singularité, et plus particulièrement la vision qu’il a de la nature humaine. Donella était l’optimiste du groupe, et si en aucune façon la morosité ne traverse l’ouvrage, force est de penser ce qu’il aurait pu être avec cette voix en plus. Inutile de discuter l’intérêt de lire ce livre, l’humanité n’ayant pas encore pris pleinement conscience, d’une part, du stade de dépassement de la planète (capacité de charge démographique, épuisement des ressources naturelles,…) et d’autre part,  de son empreinte écologique (production industrielle, consommation d’énergie,…). Le chapitre sur « l’histoire de la couche d’ozone ou la preuve qu’il est possible de redescendre en deçà des limites » est remarquable, au sens où il cristallise parfaitement le propos du livre : l’humanité est-elle capable de changer de cap ou se dirige-t-elle tout droit vers l’effondrement ? (J. C.)

Publié dans Essais Mots-clés , , Titre: Les limites à la croissance (dans un monde fini) Editeur: Rue de l'échiquier Traducteur: Agnès El Kaïm Prix: 25 €