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A une époque où les villes sont partout, tentaculaires et oppressantes, pareilles à un bon roman cyberpunk, quoi de plus rafraîchissant que cette affirmation gratuite : « Les fleurs ont une existence surnaturelle ! »

André Dhôtel s’amuse et se fait le porte-voix d’une divagation philosophique sur le thème des plantes… A mi-chemin entre le minéral et l’animal, étant dépourvues de conscience, elles ne sont ni « en vie », ni morte ; dans un état proche du sommeil, elles se contentent d’exister en projetant leurs rêves à travers leurs formes, leurs couleurs, leurs parfums…

Maître d’une rhétorique fabuleuse, André Dhôtel compose ici une vraie ode à la nature. Loin du dirigisme et du scientisme, il ne prétend rien expliquer. Il constate seulement les petites merveilles qui peuplent nos campagnes et nos terrains vagues, soustrayant énergiquement à l’intelligence humaine ces êtres provocateurs, vexants presque. « Vous avez conscience de votre dignité, et vous n’admettez pas que la nature qui vous a produit aurait l’insolence de placer à portée de vos regards et de vos mains une réalité inadmissible qui soit en même temps animée et perdue dans le néant. Comment pourrait-on vous faire cela ? »

Le « Grand rêve » se poursuit au fil des textes, articles et préfaces – rares pour la plupart – rassemblés ici par l’éditeur et illustrés de maîtresse main par les planches de Vanessa Damianthe.

Tout l’art de Dhôtel consiste à nous faire rêver avec lui pour cheminer dans des lieux où le quotidien n’a plus sa place et où nos épaules se font aussi légères que sa plume, allégées des artifices que la civilisation a érigés tel un mur entre nous et le reste du monde.

Je ne connais pas d’équivalent au terme « humaniste » pour les choses de la nature, « naturiste » étant malheureusement trop connoté pour l’usage que je voudrais en faire, mais ce livre est là, juste tout contre, et nous donne l’envie, une fois lu et refermé, de le jeter sur une pile poussiéreuse pour s’en aller courir les champs.

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