Nue vient clôturer le cycle romanesque que Jean-Philippe Toussaint consacre à Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas déçu, on est même ravi, enchanté, complétement sous le charme !

Quatre livres, quatre saisons de la vie de Marie. Ici, c’est l’automne-hiver, le narrateur et Marie reviennent de l’île d’Elbe à Paris, ils se quittent à l’aéroport et ne se parlent plus pendant 2 mois. L’occasion pour le narrateur de se remémorer la dernière fois où, à Tokyo, il a vu Marie, juste après leur séparation. Comme souvent chez Toussaint, on rit franchement de scènes burlesques, celle par exemple où le narrateur grimpe sur le toit du centre d’art de Shinagawa et épie à travers un hublot les manœuvres de Jean-Christophe de G. pour draguer Marie lors du vernissage consacré à l’une de ses expositions. On rit et on jouit de la fluidité des phrases, de la beauté du style et de l’ingéniosité des métaphores.

« (…) il avait trinqué doucement avec elle, faisant tinter délicatement les coupes l’une contre l’autre comme si c’était deux épidermes hypersensibles que l’on mettait pour la première fois en contact, comme deux lèvres qui se rapprochent et s’effleurent, premier baiser encore purement symbolique. »

Dans la deuxième partie de Nue, Marie et le narrateur se retrouvent, repartent sur l’île d’Elbe assister à des funérailles. Il pleut beaucoup, l’air est saturé d’une odeur liée à l’incendie récent d’une chocolaterie, nos héros se perdent dans le cimetière à la recherche de l’enterrement : le burlesque prend des allures un peu inquiétantes. Et, pourtant, c’est dans ce climat étrange, légèrement hostile, qu’une révélation a lieu, une révélation que l’on ne révélera pas (évidemment), mais qui d’abord surprend (Toussaint est fort pour les surprises), puis nous émeut profondément. Dans les dernières pages du livre, Toussaint nous conduit, tout gentiment, vers une fin sublime, pleine de tendresse et d’abandon… (O. V.)

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