entre_les_deux_il_n_y_a_rien

C’est un récit de 135 pages, à peine, mais dont la puissance frappe par sa farouche détermination à témoigner d’une époque révolue, par le rythme soutenu des phrases —certaines répétées tout du long, ressassement rageur —, le crépitement des mots qui fusent comme des balles de mitraillettes.

Dans la France des années 70, un adolescent découvre le trouble de l’attraction du corps des hommes, la force du désir sexuel qui l’envahit et qui le porte. Dans le même temps, le jeune homme s’éveille à la conscience politique, conscience du monde où les formidables aspirations à l’émancipation des peuples, des corps et des esprits régénérées par mai 68 se radicalisent dans la lutte armée et subissent la répression sanglante des appareils étatiques : les Brigades rouges, en Italie ; la Fraction armée rouge, en Allemagne.

Ce fut une époque intense, de jouissances insensées, d’espoirs inouïs, de désirs sublimes, où l’exaltation des sens côtoie la peur, le rire et la rage. Une époque insolente qui prendra fin au début des années 80, années Thatcher, pour ce qui est de la politique, années sida, pour ce qui est du sexe.

Mathieu Riboulet n’est ni juge, ni historien. C’est en écrivain qu’il témoigne et rapporte « les petits fragments de choses qui ont été et de ceux qui les ont faites ». Entre les deux il n’y a rien est le témoignage radical d’une époque où le désir était révolutionnaire, aussi bien que l’affirmation épatante de ce que peut la littérature.

Rien ne me dégoûte comme le voile d’ironie qu’on jette sur ces années, l’entourloupe politique, morale, intellectuelle qui les transforme en une espèce de comédie dont l’esprit français aurait évité qu’elle ne dérapât dans le sang comme le firent nos voisins allemands et italiens, les premiers trop lourds, les seconds trop légers, conformément aux lieux communs des peuples de l’Europe, comédie qu’on aurait rapidement considérée avec recul, esprit critique, autodérision, une fois les esprit ressaisis et Mitterrand élu.

(O.V.)

 

 

 

Print Friendly